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expos

René De Graeve (1901-1957), A chacun selon sa mesure

René De Graeve (1901-1957), A chacun selon sa mesure (2021)
Cette exposition rétrospective, qui est exceptionnelle par son ampleur, nous convie à la redécouverte d’un artiste attachant, proche de l’expressionisme flamand, qui fut l’un des acteurs majeurs de la scène artistique régionale entre 1930 et sa disparition prématurée en 1957.

René De Graeve est né en juin 1901 à Mouscron (Belgique) dans une famille issue de la petite bourgeoisie artisanale, d’un père d’origine flamande et d’une mère d’origine wallonne. Il est le cinquième d’une fratrie de huit enfants.  Très jeune, il manifeste une réelle aptitude pour le dessin. Loin de s’opposer à cette vocation précoce, ses parents l’encouragent et lui permettent de prendre des cours auprès du peintre et fresquiste Ernest Cracco (1864 – 1944). Laïc, socialiste convaincu et francophile résolu, le père envoie ses enfants à l’école publique française à Tourcoing. René y est scolarisé un temps, puis, au sortir de la Première Guerre mondiale, rejoint l’Ecole des Beaux-Arts de Lille où il suit les cours dans l’atelier de Pharaon de Winter (1849 – 1924). Il a notamment comme condisciples Maurois, Cléty, Dequène, Desrumaux et Simons. Il s’y distingue, remportant le 1er prix de dessin en 1920 et le 1er prix du concours des « degrés réunis ». Au sortir de l’école, il ne choisit pas d’embrasser la carrière de peintre, par trop aléatoire, mais aussi par manque d’ambition. Il devient dessinateur pour la presse régionale. Pendant de nombreuses années, il travaillera pour Le Réveil du Nord, L’Écho du Nord et La Voix du Nord notamment comme chroniqueur judiciaire. Il va ainsi affiner et développer ses dons de portraitiste qui feront par la suite sa réputation.

Sa rencontre en 1929 avec Cécile Duriez (1902 – 1973), riche héritière d’une famille d’industriels textiles du Nord, va faire basculer sa carrière. Elle devient sa compagne, sa muse, son mécène mais également un peu sa directrice artistique. Elle lui enjoint de ne pas gâcher son talent et de se remettre à la peinture. C’est en 1933, à la Nouvelle galerie, à Lille, qu’il présente pour la première fois ses peintures. Il exposera régulièrement dès lors en galeries, sans jamais s’attacher à l’une d’elles, et dans divers salons en région et en Belgique. Jusqu’à l’orée de la guerre, son art est marqué par l’exemple de l’expressionnisme flamand, oscillant entre l’exemple de Permeke, Gustave Van de Woestyne, Gustave de Smet ou encore de Valerius de Saedeleer. Sa peinture ne possède cependant pas tous les ingrédients de celle de L’école de Laethem-Saint-Martin. René Huyghe, évoquant la peinture de De Graeve, résumait bien cette situation : « Cet expressionisme flamand est typiquement français ».  Il travaille alors, notamment, sur le thème de l’enfance, s’interrogeant sur la part de conditionnement et de hasard qui mène les enfants vers le monde des adultes, sur la perte de l’innocence.  C’est probablement la période la plus féconde du peintre. Il va alors se partager entre son atelier lillois et Saint-Idesbald où Cécile Duriez a fait construire en 1932, dans les dunes, la villa du Blanc pignon. Parallèlement, il va progressivement développer une activité de portraitiste, genre dans lequel il va exceller, qui lui permet de peindre en dehors de toute contrainte commerciale. Cette grande liberté nuira à sa postérité comme son double attachement à la France et à la Belgique. De Graeve n’a pas de plan de carrière. Il va ainsi développer parallèlement plusieurs autres approches picturales – réalisme, post-impressionnisme – les réinterprétant, les intriquant, sans se soucier de désorienter la critique ou les amateurs par son inconstance maîtrisée. L’arrivée de la guerre va profondément le marquer. Après s’être réfugié avec Cécile dans le Sud-Ouest, il regagne la Belgique et réside à Gand. Il peint alors plusieurs peintures manifestes dénonçant la barbarie du conflit. C’est vers cette période qu’il travaille à l’illustration de deux recueils de poèmes pour son ami, le poète berguois Emmanuel Looten (1908-1974), Masque de Cristal (1944) et L’Opéra fabuleux (1946). A partir du début des années 50, le couple séjourne l’hiver dans le midi. La réputation de De Graeve est désormais consolidée, les commandes de portraits se font de plus en plus nombreuses. En 1956, il remporte le concours réservé aux artistes régionaux pour le calendrier édité par la firme Esso.  Le 20 avril 1957, René de Graeve est hospitalisé à l’Hôpital de la Charité à Lille. Il y décède le 18 juin d’un infarctus alors qu’il s’apprêtait à regagner son domicile. Il est enterré à La Panne.

 

Publié le 25/05/2021