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Jouer tout de même : le théâtre de l'Aventure reprend Têtes rondes et têtes pointues

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Comme beaucoup d'autres, les seules représentations du moment se destinent aux professionnels. Une façon comme une autre de garder le contact avec la scène et de faire survivre les spectacles nés avant le premier confinement. Echanges avec Pierre Boudeulle, metteur en scène du spectacle qui devaient se jouer ces jours-ci au théâtre de la Verrière.

Sortir : Quand le spectacle a-t-il été créé ? Quelle a été sa vie jusqu'ici ?

 

Pierre Boudeulle : Le spectacle a été créé en 2019. Il a été joué deux mois. Toutes les dates après mars ont été annulées et il n'a pas été repris pendant les quelques semaines de reprise de l'automne. Jouer, même devant les professionnels est une nécessité pour nous permettre de relancer sa vie et une éventuelle tournée. Les acteurs sont au plateau pendant deux heures, il nous a demandé un gros travail collectif. Le reprendre devant un public, même restreint permet aussi de relancer une dynamique et de nous redonner des perspectives en créant, on l'espère, des opportunités pour la saison prochaine.

 

Sortir : D'où est venue cette envie de jouer du Brecht, un auteur du début du XXème siècle ?

 

P. Boudeulle : C'est une pièce que j'ai croisée plusieurs fois au fil de mon parcours, notamment au conservatoire de Mons. L'histoire et le récit du texte demeurent forts, même presque un siècle après son écriture. Brecht raconte l'histoire d'un royaume imaginaire qui connaît une révolte et un déchirement. C'est un enjeu intemporel qui résonne encore face à l'actualité contemporaine. Là réside toute l'intelligence de Brecht : sa pièce demeure une parabole parabole intemporelle.

 

Sortir : Pour la mise en scène vous avez fait un choix singulier. Seuls quatre acteurs et un DJ sont présents sur scène pour incarner une multitude de personnages.

 

P. Boudeulle : Le choix de se restreindre à quatre comédiens est autant un choix de mise en scène qu'une logique économique, il est compliqué de réunir une vaste distribution sur scène aujourd'hui. C'est aussi une autre façon d'aborder un classique et un plaisir pour les acteurs qui font face à un challenge différent. Cela fait également partie d'une volonté de montrer un texte du répertoire d'une façon originale. La présence d'un DJ sur le plateau est aussi une continuité avec Brecht qui intégrait aussi la musique. Nos instruments sont simplement les outils d'aujourd'hui.

Tout est à vue en permanence, les 5 artistes sont au plateau pendant 2 heures. La table du DJ est montée sur roulettes et permet de moduler l'espace. Les acteurs disposent d'un espace coulisse pour des changements d'accessoires à vue. Ils sont à la fois comédiens, machinistes, costumiers. Le tout forme un clin d'oeil à la machinerie théâtrale mais aussi à la salle des pendus des mineurs et au bassin minier. Un territoire qui a été traversé de nombreuses luttes et a aussi connu la tentation du bouc émissaire.

 

Sortir : Comment vivez-vous l'absence de rencontre avec le public, de représentations ?

 

P. Boudeulle : C'est une séparation forcée, difficile et inquiétante. Tout spectacle n'existe et ne prend de sens que lorsque le public est présent. Chaque représentation s'avère différente. D'une certaine façon, cette période constitue aussi une remise en cause de nos existences. Dans ces conditions, pouvoir se ménager quelques rendez-vous avec l'équipe, de retrouvailles avec la scène s'avère particulièrement précieux.

 

Sortir : L'avenir de ce spectacle est-il menacé ?

 

P. Boudeulle : Difficile de se projeter. Dans les conditions actuelles, il est très compliqué de construire pour la suite. On fonctionne vraiment au coup par coup en essayant autant que possible de se projeter. Les reports et décalages s'accumulent et les dates de représentations potentielles s'éloignent, c'est assez vertigineux et inquiétant. Pour notre autre spectacle La R'vue, on met en place une représentation filmée, parce que c'est un rendez-vous en lien avec l'actu. Il est pour le moment difficile d'écrire pour la suite, d'inventer l'avenir. Je n'ai pas envie de créer si je ne sais pas où on va. Espérons que l'avenir nous permette de retrouver des conditions de représentations et de création satisfaisantes.

Publié le 15/02/2021 Auteur : Propos recueillis par Guillaume B.

Représentations professionnelles de Têtes rondes et têtes pointues cette semaine

La R'vue, le 19 mars. En direct

http://www.theatre-aventure.fr/saison-2020-2021/la-rvue/


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