B831930fe606200c41716e4a52d394e55556cd16
95409483ed0edc7d6858877ff3bd88e0fb4dd054
Adeec25831ac96f35f65c1dce7b401365b1c9316
Fd25ff1338128437fc3c95fd7b73640dd1655742
Fermer
concerts

Francofolies : le gotha des quotas

D4d184fa6dcc211883ac923c09ae0f8754233aba
Alors que la chanson française tirait la langue voici quelques années, elle affiche désormais une belle vigueur et une sacrée diversité. Pour preuve, la déferlante de propositions de concerts cette semaine. Exception culturelle ou culture d’exception ?

La loi sur les quotas de chansons francophones diffusées par les radios, votée en 1994 et appliquée à partir de 1996 a changé la donne. Une mesure protectionniste élaborée dans le consensus de la cohabitation par Jacques Toubon sous François Mitterrand. Une loi jugée alors contraignante par les radios et l’industrie musicale mais qui a durablement modifié le paysage artistique francophone. Le petit monde de la variété de l’époque résistait mal à « l’impérialisme pop » anglo-saxon. Grâce ou à cause des quotas, Skyrock a développé le rap français et toutes les radios privées comme publiques se sont mises au diapason d’une législation dont la France a le secret : statut de la radio, heures d’écoute, % de nouveautés, % de patrimoine, % d’émergence, taux de rotation des titres…Mais cela fonctionne, au moins sur le territoire hexagonal. Le renouvellement des générations et des esthétiques est assuré. A tel point que même non soumises aux quotas, les plateformes de streaming reflètent cette donne. En 2021 en France, le top 10 des artistes les plus écoutés sur Spotify était essentiellement francophone et issu des musiques rap. Quid de la diversité ? Concurrencées par les plateformes, moins prescriptives, matraquant parfois les mêmes artistes, les radios restent influentes et possèdent leur propre couleur musicale, reflet contrasté d’une certaine diversité. Le gotha des artistes programmés cette semaine sont presque tous des enfants des quotas.

Clara Luciani est aujourd’hui une star qui peut développer son univers dans le temps. Depuis ses premiers pas au sein de La Femme, Clara Luciani a raflé plusieurs Victoires de la Musique, écumé les grands festivals en développant une chanson pop ciselée la plaçant dans la descendance de France Gall et Françoise Hardy.

Cali est un enfant du rock assumant parfaitement être à fleur de peau, lyrique aux performances débridées où il termine invariablement débraillé. Engagé, chaleureux, généreux autant que clivant et agaçant. Avant de devenir une figure de la chanson française, Cali s’est fait avant tout par le live et c’est là qu’il demeure le plus authentique.

Jean-Louis Murat a débuté bien avant les quotas. Une carrière en dents de scie démarrée dans l’underground avec des sommets populaires et comme un art du sabordage qui confine au dandysme. Artiste du coup d’éclat et de la dépression, l’Auvergnat sublime l’amour mais préfère régulièrement semer la discorde, de préférence chez ceux qui l’aiment. Une relation sado-maso où plane déjà la menace d’albums posthumes où Murat se lâcherait. Longue vie Jean-Louis.

Fishbach fantasme la synthpop des 80’s, la variété 90’s de ses années de naissance mais aussi les coups de grisou électriques. Elle aussi s’est faite par la scène et par le public avant d’accéder à une notoriété exponentielle. Mettant en miroir une pop parfois glacée et des textes âpres, Fishbach ne craint pas les coups d’éclats et les débris du malheur. Un certain regard qui tranche avec la pop proprette de la concurrence.

Gouape, gouaille, gapette, Gauvin Sers s’est construit dans les pas des santiags de Renaud mais chante la France périphérique plus que la banlieue. Plus gilet jaune que survêtement, il vise parfois juste mais sort régulièrement la grosse artillerie. Comme son mentor, sa musique est en complet décalage avec son époque. Résistant ou réac ?

Depuis Louise Attaque, Gaëtan Roussel appartient désormais au patrimoine. Mais l’artiste a bien pris soin de ne pas laisser la poussière s’installer. Une trajectoire solo exemplaire qui le verra collaborer notamment avec Bashung, dont il fut la cheville ouvrière sur Bleu Pétrole, mais surtout en développant son propre projet musical quelque part du côté d’un Daniel Darc moins fracassé et d’un Jean-Louis Murat plus sympa.

Publié le 12/10/2022 Auteur : Guillaume B.

Clara Luciani : Zenith, Lille, 14/10

Cali : Allende, Mons en Bareoul, 14/10

Jean-Louis Murat : Metaphone, Oignies, 14/10

Fishbach : Grand Mix, Tourcoing, 15/10

Gauvain Sers : Phénix, Valenciennes, 15/10

Gaëtan Roussel : Aéronef, Lille, 18/10


Mots clés : francophonie