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Wilco : anticonformiste

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Wilco fait étape à Lille pour une de ses trois dates françaises sur cette tournée. Un rendez-vous exceptionnel pour un groupe qui ne l’est pas moins.

Pourtant dans l’hexagone, Wilco a le succès modeste. Hors de nos frontières, le groupe rencontre un succès public conséquent. La critique internationale entre en pamoison, retrouvant concentré en Wilco ce que l’on apprécie dans les univers aussi différents que ceux de R.E.M., The National ou Radiohead . Culte aux USA, pas plus loin qu’à Bruxelles ou Amsterdam Wilco s’offre le luxe de blinder l’Ancienne Belgique et le Paradisio plusieurs soirs de suite.
Ce que l’on apprécie chez Wilco, c’est cette capacité à déterritorialiser le patrimoine populaire américain pour élaborer de nouveaux paysages musicaux. Pas d’essentialisme chez son leader Jeff Tweedy. Dans une approche résolument adulte, Wilco redonne tout son sens au terme alternatif. Qu’il s’agisse de country, de pop, de noise, de rock, de psychédélisme, d’avant-garde, de jazz…Wilco fait péter le compost historique et explore la sédimentation musicale en mode shuffle. Rien d’aléatoire ou d’opportuniste dans cette démarche, simplement considérer ces influences plus comme des pigments que des ingrédients.
Cet éclectisme, volontairement déstabilisant, peut compter sur un art du songwriting remarquable. Dans la dissonance autant que dans le classic-rock, Wilco expérimente et trouve. A ce titre, leurs reprises sont assez éloquentes en matière d’orfèvrerie du bizarre : Steely Dan, Big Star, Daniel Johnston, The Replacements, Velvet Underground, Rolling Stones, Neil Young, The Kinks, Grateful Dead, Beatles, Bob Dylan, Cheap Trick, Modern Lovers… mais aussi Abba et Daft Punk. Des collaborations également : Jim O’Rourke, Peter Buck (REM), Billy Bragg, Mavis Staples…L’itinéraire d’un Jeff Tweedy, jeune quinqua embrassant plus qu’il ne piétine, une longue traîne musicale. Une richesse et une créativité qui dépassent le créneau Americana et le crossroads country-rock-indé dans lequel Wilco est paresseusement classé.
Un comble pour un groupe productif et explorateur. Depuis 1994 et la fin du prototype Uncle Tupelo, Jeff Tweedy, avec Wilco ou en solo, a publié près d’une vingtaine d’albums, avec très peu de déchets et beaucoup de sommets. Des disques lumineux, mais où la part d’ombre y occupe une place importante. Des creux, tréfonds et démons que réserve parfois l’existence, Tweedy est parvenu à y orpailler pour y produire des pépites très éloignées de l’impudeur du storytelling. Migraines chroniques, ravages des antalgiques opioïdes, alcoolisme, sevrage, désintoxication…Cela aussi Tweedy est capable de le mettre en chanson.
Depuis 2004, Wilco bénéficie d’un autre atout : la stabilité d’un vrai groupe. Outre Tweedy et le fidèle bassiste John Stirratt, Wilco a trouvé une harmonie en compagnie de Mikael Jorgensen (claviers, synthés, effets, samples), du batteur et percussionniste Glenn Kotche, du polyinstrumentiste Pat Sansone (claviers, guitares, percussions) et du génial guitariste free jazz/post-punk/impro Nels Cline. Une alchimie parfaite de personnalités musicales très marquées qui confère à Wilco ce pouvoir et cette crédibilité de grands expérimentateurs de la chose pop.
Dans le vocabulaire des communications radios, WILCO signifie : j’ai bien compris, j’exécute. Un « je me conforme » bien ironique pour un groupe aussi atypique.

 

Publié le 10/06/2019 Auteur : Bertrand Lanciaux

Mardi 18 juin, 20h, 25-33€
L’Aéronef
168 Avenue Willy Brandt, Euralille
www.aeronef.fr

 


Mots clés : folk country rock pop