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Une rentrée culturelle entre coronavirus et syndrome du canapé

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Bousculée, la rentrée culturelle se fait dans une incertitude rare. Entre difficultés économiques et évolution des règles du jeu sanitaire, la saison 20-21 s'annonce inédite à bien des égards.

 

Après les annulations hâtives du printemps et les fermetures subies au moment du confinement une partie du monde culturel a repris un peu de couleur à l'aube de l'été : réouverture des cinémas, spectacles et propositions en petite jauge au fil des vacances scolaires n'ont toutefois pas comblé l'absence des festivals, tant pour le public que pour les artistes et les programmateurs. Avec l'envie durable de continuer à occuper les scènes, les acteurs culturels de tout bord ont cependant oeuvré à mettre en place des propositions de saison aussi riches que possibles. Entre reports d'annulations et place faite aux propositions nouvelles et aux créations, la ligne est parfois mince et l'exercice acrobatique mais les programmes restent riches, et variés.

L'espoir d'une rentrée plus ordinaire s'est cependant peu à peu vu douché à mesure que les restrictions continuent de s'imposer largement devant les chiffres peu encourageants de la circulation du virus. Si la distanciation a imposé pour l'instant des mises en place de billetterie restreintes, les nouvelles règles du jeu annoncées par le gouvernement n'augurent pas forcément de bouleversements quant à l'organisation de l'année culturelle qui s'annonce. Si la remise en cause de l'obligation de distanciation physique dans l'enceinte des lieux culturels ouvre la voie à la possibilité de jauges plus importantes, la perspective d'assister à un spectacle ou un concert masqué ne ravit pas pour autant tout le public... sans compter l'interdiction de rassemblement de plus de 5000 personnes prorogée jusqu'à fin octobre. Si les modalités de l'ouverture de cette drôle de saison (réservation par groupe, mise en vente échelonnée des billets...) se révèlent parfois inattendues, elles n'entravent jamais un besoin plus intense que jamais de partager découvertes, recherches, et moments intenses, grands ou petits.

Sortant sinistré d'un été qui a vu les salles de cinéma se vider, le monde du cinéma espère que la rentrée portera une fréquentation plus importante, sans pouvoir garantir pour autant une offre aussi riche qu'avant l'émergence de l'épidémie, dessinant en creux l'urgence d'une réflexion sur le modèle de diffusion actuel et la nécessaire réinvention du rôle et de la place des salles dans le circuit cinématographique à l'heure où les plate-formes de streaming voient leur nombre d'abonnés s'envoler. Tout comme les salles et les artistes doivent composer avec des salles aux jauges limitées et un public masqué. Une drôle d'équation qui force le monde culturel à une agilité inédite.

Déjà tendu toute l'année dans une lutte permanente contre l'attirance des canapés et de la livraison à domicile, le secteur culturel, face aux enjeux sanitaires et à des règles du jeu mouvantes, se voit condamné à déployer toujours plus d'inventivité et d'audace pour attirer un public de plus en plus volatile. Heureusement, artistes, programmateurs ou directeurs de maison ne manquent pas d'idées, entre divertissement pur ou art plus profond, le panel des propositions reste plus vaste que jamais mais si le jeu des fermetures de frontières et la précarisation économique de nombre d'acteurs du monde de la culture devait perdurer, cette saine et dynamique diversité pourrait finir par se tarir à l'issue d'une saison compliquée sur tous les plans.

Plus que jamais, le meilleur moyen de soutenir un secteur frappé par une crise qui, plus qu'une distanciation physique parfois pesante, crée aussi un éloignement parfois profond d'avec le vivier de l'art et du partage d'émotions et de réflexions qu'il porte, c'est de continuer à sortir, à vivre des moments communs et à diffuser un profond appétit de découverte et une curiosité permanente. C'est le seul, et le grand pouvoir du spectateur.

Publié le 01/09/2020 Auteur : Guillaume B.