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Sylvain Groud : être artiste, c'est chercher à rendre possible l'impossible

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Arrivé au Ballet du Nord au printemps dernier, Sylvain Groud ne ménage pas sa peine pour défendre la maison qui l'accueille et la discipline qu'il a choisie. A la confluence de nombreux projets, il entend faire de la danse une discipline partagée et partageuse, en faisant rayonner le ballet du Nord dans toute la région.

Ce jour-là, il répète Métamorphose aec de jeunes danseuses. La pièce est une reprise de Partitions, spectacle créé avec des interprètes masculins qui sera destiné à tourner en tout-terrain. A le voir pourtant, on jurerait pourtant qu'il coordonne la création d'une pièce essentielle. Pieds nus aux côtés des interprètes, il conseille, dessine et danse avec une énergie contagieuse. C'est que l'homme aime le contact. Depuis son arrivée dans la région, il ne cesse de multiplier les collaborations et de se mêler aussi bien aux décideurs politiques qu'aux commerçants de son quartier.

Au cœur de son travail, « le lien fort qui naît entre le son et le mouvement, entre la musique et la danse » : il dirige ses interprètes à la manière d'un chef d'orchestre. Puisant dans les notes l'énergie du geste, son intention chorégraphique puise dans l'harmonie musicale un élan et une direction que Sylvain Groud, alchimiste aux pieds nus, saisit pour lui donner forme et la changer en déplacement.

L'autre ligne de force de sa démarche, c'est le rapport au plateau et aux artistes, « la création d'une rencontre, d'un échange qui génère le mouvement. Et le mouvement, le déséquilibre, font la vie » explique l'artiste. L'homme aime la rencontre qui bouscule, les échanges qui génèrent eux aussi le mouvement. Naturellement, c'est donc aussi sur un axe participatif fort que se construit son travail et son projet. Et le chorégraphe de détailler : « Parce que cette forme permet au public de goûter à une démarche artistique, de la partager. Qu'elle lui donne aussi des éléments de lecture pour affiner sa perception de la scène, du spectacle et de leur démarche. Mais c'est aussi une pratique qui implique une grande vigilance parce qu'il faut sans cesse que cet échange participatif soit de qualité. C'est un souci permanent pour moi ». Et pour le coup, depuis son arrivée dans la région, Sylvain Groud n'est pas avare d'échange et de participations. « Je suis venu souvent faire connaissance avec le territoire et ses acteurs avant ma prise de poste, pour ne perdre de temps à devoir le découvrir en arrivant ». Depuis, il multiplie les collaborations tout en veillant à faire du Centre Chorégraphique National un outil le plus adapté possible à la région et son territoire contrasté. « Il est important qu'au-delà de la métropole lilloise qui concentre exagérément les lieux et les pratiques, la danse puisse être visible au travers de tout le paysage régional » complète Sylvain Groud. D'où un spectacle comme Métamorphose, capable d'être joué partout. « En même temps le CCN doit être un pôle ressource sur la danse en région et nous travaillons beaucoup sur la transmission au travers de l'école du Ballet du Nord en interrogeant les pratiques pédagogiques ».

Pas question pour autant de laisser le travail de chorégraphe et celui de directeur se parasiter. « Je ne veux pas paraître boulimique ou me perdre. Mais toutes ces collaborations et ces démarches autour de la recherche et de la transmission sont aussi source de rassemblement, de retrouvailles et échanges qui nourrissent mon parcours créatif, celui d'une tentative de vivre et faire vivre quelque chose autour du poétique, de retrouver une place de créateur dans un monde ultraproductif où les artistes doivent toujours lutter pour avoir un peu de temps et de moyens. Être artiste, c'est être exigeant, chercher à rendre possible l'impossible, cela demande du courage et de l'implication. Avant de danser, un impromptu dans le quartier comme devant des notables, j'ai toujours une boule au ventre en me demandant comment le public va se saisir de cette proposition. Mais je sais aussi qu'à chaque fois quelque chose se passe, que les regards changent, que c'est là la force de l'artiste ». De grands projets en représentations inattendues, Sylvain Groud entend être de tous les combats : celui de la pratique, de la diffusion, de la sensibilisation, de la transmission et surtout de l'échange.

 

Publié le 22/02/2019 Auteur : Guillaume B.

La déclaration le 7 mars à 20h30 au Colisée à Roubaix

Quintette le 25 mars à 19h à l'Oiseau-Mouche à Roubaix

Métamorphose le 16 mars, salle Kalimera à Englos, le 29 mars centre Thérèse Boutry à Linselles à 19h

www.balletdunord.fr


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