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expos

Se promener dans les bois

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Le temps de l'été, le Palais des Beaux-Arts ouvre avec La forêt magique une fenêtre sur le monde des arbres, territoire fécond pour les artistes de toutes époques qui, avant d'autres, en ont perçu l'importance et la valeur. L'émoi des bois.

 

Riche d'un savoir-faire affiné au fil de nombreuses propositions ayant pour cœur la relation avec le public, l'équipe du Palais des Beaux-Arts, dans les pas de Bruno Girveau et Régis Cotentin (commissaires de cette exposition), déroule un cheminement aussi varié qu'enchanteur. Dans l'atrium, outre Pleasant Places de Quayola qui en investit l'intérieur, le projet de renaissance d'une forêt primaire porté par le botaniste Francis Hallé se déploie à l'extérieur de la rotonde, en un panorama photographique évocateur déjà du milieu sylvestre. Le parcours de l'espace temporaire invite, en quatre temps, à explorer les nombreux visages prêtés à la forêt au fil du temps. La première section, révèle comment le regard des artistes a, avant tous les autres, su identifier les différences entre les arbres pour en représenter l'immense variété au travers de médias très divers. Si Théodore Rousseau fût le premier à parvenir à faire protéger un espace forestier, le deuxième tronçon révèle comment de longue date, le bois a aussi été une terre sacrée. Des Grecs aux Gaulois ou en Orient, l'arbre a souvent figuré parmi les symboles primordiaux que la culture populaire reprend aujourd'hui à loisir, comme l'ont fait les artistes tout au long de l'histoire de l'humanité. Ici, les univers d'Henri-Paul Motte, Maurice Denis, Gilles Barbier ou James Cameron se croisent pour éclairer la rencontre du sacré et de la nature.

Mais la forêt demeure aussi un espace de mystère, nourrissant les craintes des hommes depuis toujours. Incarnation du sauvage face à la civilisation, des cabanes de sorcière aux refuges des hors-la-loi, Yan D'Argent et ses Lavandières de la nuit, Auguste Morisot (Ombre, Lumière et Ténèbres), Valérie Sonnier ou Mat Collishaw et sa saisissante captation de l'arbre ancestral de Sherwood dans Albion dessinnentaussi une forêt que l'on craint. Derrière la peur cependant, les bois recèlent toujours une grande part de magie discrète et intense que dévoile la fin de l'accrochage qui nourrit aussi bien les vers de Shakespeare, que Gustave Doré (Nocturne aux elfes), la nature primitive recréée par Jakob Kudsk Steensen dans Catharsis, ou les horizons fantastiques imaginés par le jeu vidéo dans Rayman Legends. D'un éclectisme rafraîchissant qui mêle avec pertinence et ouverture le classique et le contemporain, la peinture et la vidéo, la sculpture et l'art numérique, l'exposition décrypte avec finesse les rapports de l'homme à la forêt. Le parcours, combiné à une médiation pertinente, travaille finement à retisser un lien distendu entre l'homme et la nature par le biais de l'art. Appuyé sur une démarche éco-responsable qui réutilise beaucoup des matériaux d'Experience Goya, ce périple dans la Forêt magique constitue sans doute un des prémisses les plus enthousiasmants des expositions d'un monde de demain.

Publié le 28/05/2022 Auteur : Guillaume B.

 

La forêt magique, jusqu'au 19 septembre au Palais des Beaux-Arts de Lille, place de la république pba-lille.fr Tarif : 10/8/7€