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Marcel Gromaire, témoin de son siècle

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Installée quelques jours avant le confinement et prévue pour s'achever avant sa levée, l'exposition consacrée à Marcel Gromaire a bien failli ne jamais être visible du public. A période exceptionnelles, mesures exceptionnelles : le parcours a été prolongé jusqu'au 20 septembre.

Sans le connaître, l'art de Gromaire reste aisément identifiable, d'abord du fait de l'omniprésence des teintes de bruns qui envahissent ses tableaux, et puis grâce à sa façon unique de saisir les corps, d'en transcrire la présence physique sur la toile. L'accrochage dévoile d'abord les premiers travaux de l'artiste et ses représentations de son Nord natal et de ses habitants, du marché de Wazemmes aux paysans au travail. Le labeur y prend une grande place dans des représentations du monde ouvrier ou paysan, frappées d'autant de dureté que de réalisme. Ses corps presque géométriques s'y inscrivent dans des paysages à la perspective presque réduite à son expression géométrique la plus simple transcrivant une minéralité et une puissance rare. Marqué par son passage dans l'armée, Gromaire préfère encore une fois en dépeindre l'ordinaire dans La guerre, dont les bruns et les bleus saisissent la résignation des soldats et la dureté des tranchées avec force.

Du peuple, il illustre aussi les occupations plus festives, de parties de cartes en dimanches festifs. Avec sa palette restreinte, il saisit les moments de détente comme il captait ceux du travail. Au fil de compositions volontiers entremêlées mais saisies avec un regard affûté, il donne à voir beaucoup sur des surfaces modestes, que ce soit pour évoquer les places bondées, l'intérieur des cafés ou le monde de la fête. Sous des dehors très hiératiques, les figures de Gromaire se révèlent aussi habitées d'une profonde sensualité, comme le dévoilent ses portraits de modèles, ses travaux d'ateliers et ses nus. Loin de la froideur anguleuse de certains tableaux, il y déploie une représentation presque archétypale des corps qui rend son travail aussi identifiable que marquant. Viennent ensuite les congés payés et Gromaire peint là aussi son époque, et notamment la découverte des bords de mer, des loisirs et l'épanouissement des corps.

L'artiste travaille aussi à des formes différentes, plus monumentales parfois. Il ne faut ainsi pas manquer L'Abolition de l'esclavage auquel le musée réserve un accrochage particulier mais aussi ses travaux autour de tapisseries et ses dernières œuvres presque entièrement dépourvus de toute présence humaine, consacrant la minéralité et la géométrie presque abstraite de paysages urbains gorgés de couleurs. En dehors de toutes les écoles de son époque, Marcel Gromaire reste un des peintres essentiels du début du XXème mêlant sujets forts et originaux et recherches formelles. Ses corps autant que sa palette restreinte s'y révèlent inoubliables, l'accrochage proposé par la Piscine rappelle la qualité et l'importance de son travail avec beaucoup de pertinence et de pédagogie dans un parcours riche et passionnant.

 

Publié le 30/06/2020 Auteur : Guillaume B.

 

Marcel Gromaire, l'élégance de la force

Jusqu'au 20 septembre, La Piscine 23, rue de l'Espérance à Roubaix

www.roubaix-lapiscine.com


Mots clés : Musee la piscine