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expos

Le regard investi de Boris Taslitzky

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Témoin privilégié de son temps, le travail de Boris Taslitzky entre à La Piscine au fil d'une exposition saisissante aux travers des soubresauts de son siècle. Même le bestiaire singulier de Johann Creten se fait l'écho d'une époque chahutée.

Au cœur du parcours que décline le musée dans l'oeuvre de l'artiste s'entrecroisent le cheminement intime d'un artiste et l'histoire d'un siècle. Des premiers portraits de sa jeunesse jusqu'aux dessins captant les paysages de la banlieue parisienne à l'aube des années 70, Taslitzky n'a eu de cesse de représenter le monde qui l'entourait. Privé de père, tué au cours du premier conflit mondial, il opte tôt pour une peinture qui, plus que témoigner, entend « nier l'indifférence ». Dès lors, sa vie comme son art se mettent au service de cette volonté farouche de rendre compte des drames de son temps. Des fêtes du Front populaire à la guerre civile espagnole jusqu'à l'arrivée de la guerre en 1939-40, il fait rapidement preuve d'un goût pour les compositions populeuses et amples. Engagé et décoré il ne cesse jamais de dessiner. Emprisonné puis déporté il gagne Buchenwald en 1944 dont il reviendra avec une furieuse envie de « cracher » l'horreur sur la toile dans des tableaux d'un réalisme aussi cru que puissant (Le wagon des déportés, Le petit camp à Buchenwald, La mort de Danielle Casanova...). Après guerre, son engagement artistique et militant ne faiblit pas, autour de l'Indochine, de l'Algérie (qu'il parcourt avec Mireille Miailhe pour le compte du parti communiste) dont il témoigne de la pauvreté. Dans la ville industrielle de Denain, il croque le paysage d'usines et les visages des ouvriers dans une description rare de leur environnement de travail et la série des banlieues offre un témoignage fort du paysage urbain du nord-est parisien de l'époque. Traversé par l'obsession de rendre compte, Taslitzky pratique presque une forme d'art documentaire et engagée dont il n'a de cesse de se servir pour partager les tragédies ou les élans de son époque. Appuyé sur une palette colorée et des formats amples, cet « art en prise avec son temps » ravive le souvenir d'une œuvre et d'un artiste essentiels.

Dans la salle attenante, les créatures sorties de la tête de Johann Creten visent moins à recopier dame Nature qu'à puiser dans sa diversité la matière à des travaux dont les volumes et les teintes invitent à décaler le regard. Derrière l'apparente bonhommie de ces sculptures se déclinent cependant des enjeux profonds. Les quelques travaux de Gérard Cochet destinés au théâtre exposés au bord des cabines offrent un point de vue rare sur les coulisses de la création, à la frontière avec le stylisme. Invités dans Novalis Terra à présenter leurs œuvres en lien avec leur Québec natal, Amélie Proulx, Pascale Girardin et Laurent Craste déclinent entre installation poétique, simplicité des formes ou jeux de matières, des talents aussi incontestables qu'évocateurs qui trouvent parfaitement leur place à côté des œuvres du musée.

 

Publié le 20/04/2022 Auteur : Guillaume B.

Boris Taslitzky, l'art en prise avec son temps / Johann Creten, Bestiarium / Novalis Terra / Les Gérard Cochet jusqu'au 29 mai, La Piscine 23 rue de l'Espérance à Roubaix roubaix-lapiscine.com